Respects aux Hommes en Noir
Réponse de Marc Louboutin à une lectrice, journaliste, qui insiste et ironise sur l'opération du Raid "devant des caméras"...
"on veut comprendre ce que font les gens que l'on paie pour nous
protéger et maintenir l'ordre avec notre argent, vraiment on veut
comprendre... expliquez-nous..."
Mais Delphine vous êtres dans l'envie
de compréhension instantanée sans vous être apparemment jamais posé la
question avant. Vous êtes journaliste et pourtant vous avez négligé,
justement, les explications que l'on vous a offertes depuis des années.
Que voulez vous savoir ou plutôt ne pas savoir, pour justement continuer
à polémiquer ?
Vous êtes de ceux qui auraient préféré "trouver plus pro"
qu'on le neutralise dans la rue et pas dans un milieu fermé au risque de
dommages collatéraux chez des civils ?
Vous pensez que ce genre de
profil se rend avec la formule magique "Menottes-police-prison" ?
Vous
n'appréhendez pas qu'un terroriste, comme un braqueur ou un dealer
enfouraillé, vit dans une paranoïa perpétuelle et qu'une interpellation
en milieu ouvert, pour peu que le dispositif soit repéré, peut avoir des
conséquences bien plus terribles ?
Que le "score" mortel de ce jeune
homme était déjà miraculeusement faible malgré l'émotion immense après
la tuerie de l'école parce que son arme initiale, un
pistolet-mitrailleur compact s'était enrayé et qu'il n'a utilisé
finalement "que" son option de rechange ?
Que connaissez vous à la
violence Delphine, en dehors de vos discussions apéritives ou des séries
télévisées ?
Qu'avez vous comme notion de la dangerosité d'un individu
déterminé et armé ? Le simple réflexe de dire que la vie même la sienne
est plus importante que tout ? Que savez-vous de l'odeur mélangée de sang
et de merde des victimes de mort violente de ce genre de barjot quand
vous venez faire les constatations ?
Penseriez vous avoir, avec votre
petite voie toute douce, réussit à convaincre ce type de se rendre là
ou les négociateurs du Raid, longuement formés à l'exercice sont tombés
face à un mur de raisonnement ?
Qu'imaginez vous de ce que représente la
fouille d'un appartement dans lequel se trouve un dingue qui n'hésitera
pas une seconde à vous abattre, parce que lui, aucune bonne conscience
collective lui demande de vous épargner ?
Le type d'opération, de type
militaire, à la différence que la neutralisation létale doit rester le
dernier recours, ne se passe pas comme dans un film. Ni justement comme
une opération des forces spéciales ou le "nettoyage" des lieux peut-être
systématique puisque se foutant de la préservation de la vie du
retranché.
Tout cela pour vous est une vue de l'esprit.
Les donneurs de
leçons, totalement incultes en la matière me font rire.
"On aurait dû
envoyer des gaz !". Que savez vous de cette possibilité dans le cas
présent ? Cela aurait il été efficace avec un homme retranché dans une
salle de bain peut-être équipée d'une vmc, à part limiter l'action des
policiers intervenants avec un équipement supplémentaire de filtration
de l'air ?
Imaginez vous ce que peut-être le vécu, même d'hommes et de
femmes entrainés, dans un enclos clos et réduit quand un de vos
collègues tombe et que vous êtes pris sous le feu ? Vous êtes vous déjà
fait tirer dessus ? Entendu râler et geindre un de vos co-équipiers
parce qu'il en a pris une ?
Pensez vous qu'il soit jouissif, comme tout
les bobolutionnaires en sont persuadés, d'avoir à abattre un homme ?
Savez vous la peur terrible tapie à force d'entraînement au fond de vous
même, mais toujours présente, quand vous devez aller au contact d'une
personne prête sans état d'âme à vous tuer, ou comme cela pouvait être
le cas, susceptible de se faire sauter avec vous, ne serait-ce qu'à
l'aide d'une simple grenade ?
Il faut en être passé par là pour
appréhender tout ce que ce genre d'exercice comporte comme risques,
comme impondérables, et que cela n'est jamais une science exacte.
Alors
plutôt qu'ergoter pour savoir où passe l'argent de vos impôts dans
l'utilisation des hommes qui vous protègent, ré-écoutez à nouveau cette
fusillade de presque cinq minutes. Imaginez vous que les hommes du Raid
était alors sous les balles à votre place, pour que ce type n'ait plus
jamais le loisir de s'en prendre à des victimes innocentes ou des
enfants, ou à vous peut-être s'il s'était mis en situation d'un nouveau
carnage dans un lieu public pour marquer l'opinion et se prendre pour un
martyr indispensable et implacable.
Ayez une pensée pour les cinq
policiers blessés qui se sont sacrifiés, le mot n'est pas vain, pour
vous protéger justement. ET pour tous les autres qui resteront marqués à
vie de cette opération, cela s’appelle le choc post-traumatique et même
l’entraînement le plus abouti et les soutiens psychologiques a
postériori n'empêchent pas les effets qui peuvent ressurgir des années
plus tard.
Cela, vous ne le vivrez jamais. Vous n'en aurez jamais
conscience, ni aucune culture, comme la plupart des citoyens. Et c'est
heureux.
Et c'est exactement pour cela, exactement, que la police est
là, au delà des unités spécialisées. Pour vous préserver de toute cette
horreur, de cette merde réservée au travail quotidien des flics, même le
plus modeste dans son car Police Secours.
Alors, un peu de
reconnaissance, parfois, ne ferait pas de mal. Parce qu'à force, le
souci systématique de la mise en cause des forces de sécurité publique,
par ceux là même qui sont, grâce à eux, dans leur tranquillité tellement
parfaite qu'ils doivent la pimenter avec des polémiques inutiles mais
tellement "excitantes", fini par avoir, et c'est le cas dans cette
affaire, une indécence rare. Et méprisante pour ceux qui sont prêts à se
sacrifier chaque jour, sans ne plus attendre aucune reconnaissance,
mais justement le genre de propos que vous tenez....
Profitez de ne rien
connaître de cette violence, mais au moins, s'il vous plaît, même si
personne ne vous demande de "merci", ayez la pudeur de ne pas tenter de
salir en permanence ceux qui qui vous tiennent loin de ces traumatismes
et font en sorte que votre vie reste, finalement, un havre de paix et de
sécurité...
Marc Louboutin
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